Cela fait une semaine qu'Ingid Betancourt a été libérée et elle a déjà fait beaucoup plus de choses que certaines personnes en font en une vie entière...
Depuis sa libération surprise dans la jungle colombienne, Ingrid Betancourt a vécu une folle semaine, enchaînant à un rythme époustouflant déclarations, interviews et visites de remerciements.
Ses traits tirés et son teint pâle en témoignent: elle dort peu depuis que les forces spéciales ont mis fin, le 2 juillet, à plus de six interminables années d'une captivité éprouvante.
A ceux qui lui demandent son secret pour résister, elle répond: "c'est vous tous qui me portez, la presse, tous ceux qui se sont mobilisés pour moi. Je vous dois la vie".
Chaînes de télévision, de radios, journaux de toute nationalité, chacun veut son interview "exclusive". Elle enchaîne, souriante et disponible. A défaut d'attachée de presse, son entourage et les comités de soutien se sont mobilisés, sa soeur, Astrid en tête.
Si Bogota tire l'essentiel de la gloire de cette opération militaire menée sans effusion de sang, Ingrid Betancourt ne manque jamais de remercier aussi les autres, la France, le Venezuela, l'Equateur. "C'est notre meilleure ambassadrice", assure-t-on à l'Elysée.
Mercredi 2 juillet, aéroport de Bogota. L'hélicoptère des forces spéciales se pose. Ingrid, vêtue d'un treillis en descend. Chapelet et croix au poignet, elle prie à genou avec sa mère Yolanda Pulecio.
Les images font le tour du monde. La course folle commence.
L'émotion atteint son paroxysme, le lendemain, lorsque ses enfants, Mélanie et Lorenzo Delloye, arrivent à bord de l'Airbus présidentiel français, le temps de traverser l'Atlantique.
Quinze longues heures de vol pendant lesquels ils peinent à trouver le sommeil, avant les larmes de joie des retrouvailles. Mélanie et Lorenzo Delloye, qui avaient 16 et 13 ans lorsqu'elle a été enlevée, ont beau être aujourd'hui des adultes, ils s'accrochent à elle.
Mais déjà la tourmente médiatique l'emporte. "Je voudrais la voir seul et je n'y arrive pas", confie Lorenzo lors du vol retour.
"Je suis épuisée", lâche Ingrid Betancourt en pleine nuit. Elle dort peu, répond longuement aux journalistes.
Le tourbillon continue dès qu'elle pose le pied en France, où six années de mobilisation ont fait d'elle une icône. Elle est reçue avec les honneurs dus à un chef d'Etat.
Sa descente seule de la passerelle de l'avion pour rejoindre le président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni a été soigneusement orchestrée. Une somptueuse réception l'attend sous les ors de l'Elysée.
Elle dispose d'un véhicule officiel précédé de deux motards. Entre deux courtes nuits, elle enchaîne les interviews au Raphaël, un hôtel de luxe près de l'Arc de Triomphe, où la famille s'est installée quelques nuits, puis au célèbre Fouquet's.
Elle déjeune avec son ami Dominique de Villepin. Mardi, elle reçoit une ovation debout des sénateurs. Les députés l'accueillent à leur tour mercredi. L'ex-président Jacques Chirac l'attend lui aussi. Les télés américaines la veulent, comme CNN et son interviewer vedette Larry King.
Mais elle le promet: elle va se reposer, avec sa famille, à Lourdes, où sa foi profonde la pousse après le "miracle" de sa libération, avant une retraite de quelques jours à l'écart des médias. Et elle ne rentrera pas immédiatement en Colombie. Sa famille dit redouter un attentat.
Malgré sa longue captivité, et cette soudaine débauche d'énergie, sous les projecteurs, les médecins jugent son état physique plutôt rassurant. Mais ils craignent un contre-coup psychologique.
Elle même confiait dimanche avoir été rattrapée par un instant "d'angoisse". "J'ai pris une douche chaude pour me relaxer, et mon fils, qui tournait autour comme une abeille, a par mégarde éteint la lumière. Je me suis retrouvée dans la salle de bain, sans lumière, dans le noir complet, et j'ai perdu la notion d'où j'étais, et je me suis dit "mon Dieu, les Farc sont revenues. J'étais dans le cauchemar".